Mariage au XXIᵉ siècle face aux cas de mères et pères célibataires : pourquoi certains couples divorcent-ils si tôt ? Causes, conséquences et préventions
Autrefois perçu comme un engagement destiné à durer toute une vie, le mariage semble aujourd’hui confronté à de nouvelles réalités. Dans plusieurs familles, les désaccords, les difficultés financières, l’infidélité, le manque de communication, les pressions familiales ou encore les attentes différentes des conjoints peuvent rapidement transformer la vie à deux en source de tensions. Dans le Couffo, ces situations interrogent : pourquoi certains couples en arrivent-ils à la séparation ou au divorce après seulement quelques années, voire quelques mois de vie commune ? Quelles sont les conséquences de ces ruptures sur les conjoints, les enfants et les familles ? Et surtout, comment prévenir les crises avant qu’elles ne conduisent à la rupture ? Cette enquête menée dans les six communes du département à savoir Klouékanmè, Lalo, Djakotomey, Aplahoué, Toviklin et Dogbo explore les causes des fragilités conjugales, leurs conséquences et les pistes de prévention proposées par différents acteurs de la société.Ce chapeau peut être placé directement sous le titre et avant l’introduction. Il prépare bien le lecteur à l’enquête sans donner prématurément toutes les conclusions.
Enquête dans les six communes du Couffo sur les causes, les conséquences et les pistes de prévention des ruptures conjugales
Par le Journaliste Adrien AMOUSSOU, Directeur Général de H2A AFRO-MÉDIA et Chef Programme Radio Couffo Fm
QUAND LES PROMESSES DU MARIAGE SE HEURTENT À LA RÉALITÉ
Ils se sont rencontrés, aimés, promis fidélité et parfois juré de rester ensemble « pour le meilleur et pour le pire ». Pourtant, quelques mois ou quelques années après leur mariage, certains couples se retrouvent séparés.
Dans les six communes du département du Couffo, Klouékanmè, Lalo, Djakotomey, Aplahoué, Toviklin et Dogbo, la question fait débat.
Pourquoi certains couples se séparent-ils si rapidement ? Les jeunes sont-ils suffisamment préparés à la vie conjugale ? L’argent, l’infidélité, la sexualité, les réseaux sociaux, les familles ou encore les différences de caractère peuvent-ils fragiliser une union ?
Et surtout, que devient la famille lorsque le couple se sépare ?
Pour tenter de répondre à ces questions, H2A AFRO-MÉDIA s’est intéressé aux perceptions recueillies dans les six communes du Couffo et a croisé les regards de citoyens avec ceux de trois responsables religieux et traditionnels : Barthelemy ZINSOU, haut dignitaire du Vodoun à Toviklin, le Pasteur Apôtre Dieudonné KAKANOU, de l’Église de Pentecôte de Foi à Dogbo, et l’Imam ADJATO SALIOU Oumar, de la mosquée centrale de Klouékanmè.
Cette enquête ne prétend pas établir une statistique sur le divorce dans le Couffo. Elle cherche plutôt à comprendre les causes évoquées, les conséquences observées et les pistes de prévention proposées.

DU MARIAGE DES PARENTS AU MARIAGE CHOISI PAR LES ENFANTS
Dans les générations précédentes, le mariage était souvent considéré comme une affaire qui dépassait les deux futurs époux.
Avant l’union, les familles cherchaient à connaître le prétendant ou la prétendante, son comportement, sa famille, son entourage et sa capacité à assumer les responsabilités d’un foyer.
Les parents prodiguaient des conseils. Les autorités traditionnelles et religieuses pouvaient également participer à la préparation de l’union.
Lorsqu’un conflit apparaissait, les familles intervenaient parfois pour tenter de rapprocher les conjoints.
Ce modèle avait cependant ses limites. La forte pression familiale pouvait aussi conduire certaines personnes à rester dans des unions difficiles.
Aujourd’hui, le choix du conjoint relève davantage de la décision personnelle. Les jeunes se rencontrent, se fréquentent et décident souvent eux-mêmes de leur avenir.
Cette liberté constitue une évolution importante.
Mais elle soulève une question essentielle :
Être libre de choisir son conjoint signifie-t-il être suffisamment préparé à vivre avec lui ?
KLOUÉKANMÈ : PRENDRE LE TEMPS DE SE CONNAÎTRE
À Klouékanmè, la préparation au mariage apparaît comme l’une des préoccupations majeures.
Une femme mariée estime que l’amour ne suffit pas toujours à préparer deux personnes à la réalité de la vie conjugale.
« Avant le mariage, on pense surtout à l’amour et au bonheur. Mais une fois dans le foyer, il faut gérer l’argent, les enfants, les familles et les difficultés quotidiennes. Si les deux personnes ne sont pas préparées, les petits problèmes peuvent rapidement devenir de grands conflits. »
Un homme marié d’âge mûr observe que le rôle des parents a également évolué.
« Aujourd’hui, beaucoup de jeunes choisissent eux-mêmes leur conjoint. Il faut respecter leur liberté, mais cela ne signifie pas qu’ils doivent refuser les conseils des personnes qui ont plus d’expérience. »
Chez les jeunes, les attentes matérielles sont également évoquées.
Un jeune célibataire rencontré dans la commune estime que certains futurs couples doivent apprendre à construire ensemble.
« Il ne faut pas entrer dans le mariage en pensant que l’autre va résoudre tous les problèmes. Les difficultés économiques peuvent toucher n’importe quelle famille. Le couple doit apprendre à travailler ensemble et à se soutenir. »
LALO : LE DIALOGUE AU CŒUR DU COUPLE
À Lalo, le manque de communication revient dans les témoignages.
Une femme mariée estime que certains conflits deviennent graves parce que les époux attendent trop longtemps avant de parler.
« Il y a des problèmes qui peuvent être réglés lorsqu’ils sont encore petits. Mais lorsque chacun garde sa colère et refuse de parler, le problème grandit. Le couple doit apprendre à discuter sans chercher immédiatement à accuser l’autre. »
Un homme d’âge mûr considère que les familles et les personnes expérimentées peuvent encore jouer un rôle.
« Lorsqu’un problème devient sérieux, il peut être utile de demander conseil à une personne sage et neutre. L’essentiel est que cette personne cherche à rapprocher et non à créer davantage de problèmes. »
Une jeune femme évoque, elle, l’influence des réseaux sociaux.
« Sur les réseaux sociaux, beaucoup de couples montrent seulement les beaux moments de leur vie. Certains peuvent alors penser que leur propre mariage n’est pas assez heureux. Il faut comprendre que ce qui est publié sur Internet ne représente pas toujours toute la réalité. »
Les réseaux sociaux ne constituent donc pas nécessairement une cause directe de séparation. Ils peuvent cependant contribuer à créer des comparaisons et des attentes irréalistes.
DJAKOTOMEY : QUAND L’ARGENT ET L’INFIDÉLITÉ FRAGILISENT LA CONFIANCE
À Djakotomey, les difficultés financières apparaissent dans plusieurs témoignages.
Un homme marié explique :
« Lorsque l’argent manque, les discussions peuvent rapidement devenir des accusations. L’un peut reprocher à l’autre de ne pas suffisamment travailler ou de mal gérer les ressources. Pourtant, les difficultés peuvent arriver dans n’importe quel foyer. Il faut chercher à les affronter ensemble.»
Pour une femme interrogée, l’infidélité constitue surtout une crise de confiance.
« Lorsqu’il n’y a plus de confiance, même une petite chose peut devenir un problème. L’infidélité peut faire beaucoup de dégâts parce qu’elle détruit la confiance que les deux personnes avaient construite. »

Un jeune homme estime quant à lui que certains couples se précipitent.
« Certaines personnes se mettent ensemble pendant quelques mois et pensent déjà tout connaître de leur partenaire. Il faut prendre le temps d’observer son caractère, sa manière de réagir lorsqu’il y a un problème et sa vision de l’avenir. »
APLOUAHOUÉ : BELLES-FAMILLES ET SEXUALITÉ, DES SUJETS SENSIBLES
À Aplahoué, les relations entre les conjoints et leurs familles respectives occupent une place importante.
Une femme mariée estime :
« Après le mariage, il faut continuer à respecter les parents, mais le couple doit aussi apprendre à prendre ses propres décisions. Lorsque l’un des conjoints est constamment influencé par sa famille, cela peut créer des tensions. »
Un homme rencontré dans la commune considère que les conflits sont inévitables dans toute relation.
« Aucun couple ne peut dire qu’il ne connaîtra jamais de problème. Ce qui compte, c’est la manière dont les deux personnes vont chercher à résoudre les difficultés.»
La sexualité apparaît également comme un sujet difficile à aborder.
Une jeune femme explique :
« Les couples doivent pouvoir parler de leurs attentes et de leurs difficultés. Beaucoup de personnes n’osent pas aborder certains sujets avec leur partenaire. Pourtant, le silence peut créer des frustrations et des incompréhensions. »
Mais parler de sexualité ne doit jamais signifier imposer une relation sexuelle à son partenaire. Le consentement et la sécurité des personnes doivent rester fondamentaux.
VI- TOVIKLIN : LE MARIAGE ENGAGE PLUS QUE DEUX PERSONNES
À Toviklin, un homme âgé revient sur l’évolution du mariage.
« Autrefois, le mariage était considéré comme une affaire qui engageait deux familles. Aujourd’hui, les jeunes veulent davantage décider eux-mêmes. Il faut respecter cette liberté, mais il faut aussi leur apprendre à écouter les conseils des personnes expérimentées. »
Une femme mariée apporte toutefois une nuance importante.
« Il ne faut pas rester dans un couple uniquement pour sauver les apparences. Lorsqu’il y a un problème, il faut chercher de l’aide. Et lorsqu’il y a de la violence, la protection de la personne doit passer avant le reste. »
Un jeune homme estime que les futurs mariés accordent parfois davantage d’attention à la cérémonie qu’à la vie qui suit.
« On prépare beaucoup la fête, les vêtements, les invités et les dépenses. Mais on ne parle pas toujours suffisamment de ce qui va se passer après. Il faudrait préparer les jeunes sur l’argent, les enfants, le travail, la sexualité, les familles et la communication. »
DOGBO : APRÈS LA SÉPARATION, QUE DEVIENNENT LES ENFANTS ?
À Dogbo, les conséquences des ruptures sur les enfants occupent une place importante.
Une femme interrogée estime :
« Même lorsque les parents ne peuvent plus vivre ensemble, ils restent les parents des mêmes enfants. Il ne faut pas utiliser l’enfant pour régler les problèmes entre adultes. »
Un homme marié considère que certaines crises pourraient être prises en charge plus tôt.
« Beaucoup de personnes cherchent conseil lorsque le problème est déjà devenu très compliqué. Il faut pouvoir demander de l’aide lorsque les difficultés commencent. »
Une jeune femme résume la question autrement :
« Le mariage n’est pas seulement une affaire d’amour. Il faut avoir une vision commune. Où allons-nous vivre ? Comment allons-nous gérer l’argent ? Comment allons-nous éduquer les enfants ? Ce sont des questions qu’il faut poser avant de se marier. »
TROIS REGARDS POUR COMPRENDRE LA CRISE DU MARIAGE
Au-delà des témoignages recueillis dans les six communes, une autre question s’impose : comment les différentes traditions religieuses et culturelles perçoivent-elles ces ruptures ?
H2A AFRO-MÉDIA a choisi de donner la parole à trois responsables issus de trois univers différents : la tradition Vodoun, le christianisme et l’islam.
Leurs approches diffèrent, mais plusieurs préoccupations se rejoignent : la préparation au mariage, la responsabilité, le dialogue, la fidélité, l’accompagnement des couples et la protection des enfants.
BARTHELEMY ZINSOU : « LA LIBERTÉ DE CHOISIR DOIT ÊTRE ACCOMPAGNÉE DE RESPONSABILITÉ»
À Toviklin, Barthélemy ZINSOU alias Légba Aguihoundjaga Kpolézandji, Éminent haut dignitaire du benin, délégué principal du Conseil National des Cultes Endogènes du Benin (CONACEB-Couffo) et president des praticiens de la médecine traditionnelle du Couffo représentant la FANAVPRAMETRAB-Couffo (Fédération des Vrais praticiens de la médecine traditionnelle du Benin), porte un regard particulièrement marqué par l’évolution des valeurs familiales et sociales.
Pour lui, l’une des difficultés actuelles réside dans la préparation insuffisante de certains jeunes.
« Beaucoup de jeunes abordent aujourd’hui le mariage avec une préparation insuffisante. La liberté de choisir son partenaire doit être accompagnée de responsabilité. Il ne faut pas choisir uniquement en fonction de l’apparence, de l’argent ou de l’attirance. Il faut chercher à connaître le caractère de la personne et sa manière de vivre. »

Les causes : mieux connaître avant de s’engager
Le dignitaire insiste notamment sur la connaissance mutuelle.
Selon lui, deux personnes peuvent s’aimer sincèrement sans être suffisamment préparées à gérer les désaccords de la vie quotidienne.
Le dialogue apparaît donc comme une autre condition importante.
« Deux personnes peuvent s’aimer et pourtant ne pas savoir résoudre leurs désaccords. Le mariage demande de savoir communiquer et de chercher des solutions lorsque les problèmes apparaissent. »
Les conséquences : les familles et les enfants concernés
Pour Barthelemy ZINSOU, la rupture conjugale dépasse souvent les deux personnes concernées.
« Lorsqu’un couple se sépare, les conséquences peuvent dépasser les deux conjoints. Les enfants peuvent se retrouver au milieu des conflits et les familles peuvent également entrer dans des tensions prolongées. »
Il estime toutefois qu’il ne faut pas chercher à maintenir une union à n’importe quel prix.
« Lorsqu’un problème peut encore être réglé par le dialogue, il faut chercher cette solution. Mais lorsqu’il existe des violences graves, la protection de la personne doit être prioritaire. »
La prévention : préparer avant le mariage
Pour lui, les familles et les responsables traditionnels ont encore un rôle à jouer.
« Il faut mieux préparer les jeunes à la vie conjugale. Les familles, les responsables religieux et les autorités traditionnelles ont tous un rôle à jouer. »
La préparation devrait porter, entre autres, sur les responsabilités, la fidélité, le respect, les enfants et la gestion des difficultés
APOTRE DIEUDONNÉ KAKANOU : « ON PRÉPARE PARFOIS DAVANTAGE LA CÉRÉMONIE QUE LA VIE CONJUGALE »
À Dogbo, le Pasteur Apôtre KAKANOU Dieudonné de l’église de Pentecôte de la Foi, Région de Lokossa insiste sur la nécessité d’une véritable préparation au mariage.
Les causes : quand la réalité rattrape les promesses
Selon le responsable religieux, certains jeunes connaissent davantage les préparatifs de la cérémonie que les exigences de la vie conjugale.
« Certains jeunes se préparent davantage à la cérémonie qu’à la vie conjugale. On prépare les vêtements, la fête et les invités, mais on ne prend pas toujours suffisamment de temps pour préparer les deux personnes à vivre ensemble. »
Il cite parmi les difficultés susceptibles de fragiliser un foyer les problèmes financiers, l’infidélité, la jalousie, les incompréhensions entre familles, le manque de communication et certaines difficultés liées à la sexualité.
Les conséquences : protéger les enfants
Pour le pasteur, la séparation peut affecter les conjoints, mais également les enfants.
« Lorsqu’un foyer se sépare, les deux conjoints peuvent souffrir, mais les enfants peuvent également être touchés. Il faut éviter de transformer l’enfant en intermédiaire entre ses parents. »

Il estime que même après une séparation, les deux parents doivent continuer à assumer leurs responsabilités.
La prévention : demander de l’aide avant la rupture
Le pasteur défend une préparation plus approfondie des futurs époux.
« La préparation au mariage ne doit pas être une simple formalité. Il faut permettre aux futurs époux de mieux se connaître et de réfléchir aux responsabilités qui les attendent. »
Il encourage également les couples en difficulté à rechercher de l’aide auprès de personnes compétentes.
« Lorsqu’un problème apparaît, le couple doit pouvoir demander de l’aide à des personnes compétentes : responsables religieux, conseillers conjugaux, psychologues ou autres professionnels. Si c’est un couple Chrétien, il doit beaucoup plus se donner à la prière. S’il prie sérieusement, Dieu peut tout corriger.»
Mais une limite doit être clairement posée.
« Lorsqu’il y a violence ou danger, la victime doit être protégée. La recherche de la réconciliation ne doit jamais devenir une justification de la violence. »
ADJATO SALIOU Oumar : « LE MARIAGE DEMANDE DE LA RESPONSABILITÉ ET DU RESPECT »
À Klouékanmè, ADJATO SALIOU Oumar, Imam Centrale de Klouékanmè met l’accent sur la responsabilité, le respect et la connaissance du futur conjoint.
Les causes : bien connaître avant de s’engager
Selon lui, certains couples pourraient éviter des difficultés en prenant davantage de temps avant le mariage.
« Le mariage demande de la responsabilité et du respect entre les deux époux. Certains jeunes peuvent prendre la décision de se marier sans avoir suffisamment réfléchi aux responsabilités qui les attendent. »
Pour lui, le choix du conjoint se base sur quatre points essentiels selon l’Islam dont un est indispensable. La richesse du conjoint ou de la conjointe, la loyauté de la belle famille, la beauté du conjoint ou de la conjointe et en fin la crainte de de Dieu qui est le pilier des critères du choix de conjoints. Si le conjoint ou la conjointe manque de tous les autres critères il doit avoir la crainte de Dieu en ayant du respect à sa religion.
L’imam estime que les biens matériels et l’apparence ne devraient pas être les seuls critères dans le choix du conjoint.
« Il faut chercher à connaître le caractère et la responsabilité de la personne. »

Les difficultés financières, l’infidélité, les relations avec les familles et le manque de dialogue peuvent également, selon lui, provoquer des tensions.
Les conséquences : les enfants restent au centre
Le divorce ou la séparation ne devrait pas faire disparaître les responsabilités parentales.
« Le divorce ne concerne pas seulement les deux personnes qui se séparent. Lorsqu’il y a des enfants, leur avenir doit rester une préoccupation centrale. Même lorsqu’ils ne vivent plus ensemble, les parents restent les parents des mêmes enfants. »
La prévention : la famille doit accompagner
L’imam estime que les parents et les responsables religieux ont un rôle à jouer avant et après le mariage.
« Il faut mieux préparer les jeunes au mariage. La famille et les responsables religieux ont un rôle important.»
Selon lui, lorsqu’un conflit apparaît, les conjoints doivent chercher à comprendre son origine et, lorsque cela est possible, demander l’aide de personnes de confiance.
TROIS TRADITIONS, UN DÉFI COMMUN : PRÉVENIR AVANT DE RÉPARER
Les trois regards ne sont pas identiques.
Le dignitaire du Vodoun insiste davantage sur la transmission des valeurs et l’évolution du rôle des familles et de la tradition.
Le pasteur met l’accent sur la préparation au mariage, le dialogue et l’accompagnement du couple.
L’imam insiste sur la responsabilité, le respect, la connaissance du conjoint et le rôle de la famille.
Mais plusieurs points se rejoignent.
Tous trois mettent en avant la nécessité de mieux préparer les futurs époux.
Tous accordent également une place importante au dialogue et à la responsabilité.
Et tous reconnaissent que les enfants ne doivent pas être transformés en instruments de conflit lorsque leurs parents se séparent.
Une autre convergence est importante : la prévention du divorce ne doit pas conduire à banaliser ou à maintenir les violences conjugales.
QUAND LA RUPTURE DÉPASSE LE COUPLE
Une séparation ne concerne pas seulement deux adultes.
Lorsqu’il y a des enfants, elle peut modifier leur cadre de vie, leur organisation quotidienne et la manière dont les responsabilités parentales sont exercées.
Il serait toutefois excessif d’affirmer que tous les enfants issus de couples séparés connaissent nécessairement des difficultés.
Certains parents parviennent à maintenir une coopération efficace malgré leur séparation.
Le véritable enjeu est donc celui de la responsabilité parentale après la rupture.
Comment continuer à être père et mère lorsque l’on n’est plus mari et femme ?
La réponse passe notamment par la capacité à préserver les enfants des conflits entre adultes.
LES DIFFICULTÉS ÉCONOMIQUES, UN AUTRE VISAGE DE LA RUPTURE
La séparation peut également provoquer une réorganisation économique du foyer.
L’un des conjoints peut retourner vivre chez ses parents. Les charges liées au logement, à la scolarité, à la santé ou à l’alimentation des enfants peuvent devenir plus lourdes.
Les données nationales de l’INStaD identifient les catégories « divorcé(e) » et « séparé(e) » dans les statistiques sur le statut matrimonial.
Ces données nationales ne permettent toutefois pas de mesurer directement les divorces précoces dans le Couffo.
Il serait donc imprudent de transformer les témoignages recueillis dans les six communes en une statistique locale.
Cette enquête cherche plutôt à comprendre les perceptions et les difficultés évoquées par les populations.
ET SI LA PRÉVENTION COMMENÇAIT AVANT LE MARIAGE ?
Une idée ressort avec insistance des différents témoignages : il faut préparer les jeunes à la vie conjugale avant de célébrer leur mariage.
Cette préparation pourrait porter sur :
- la communication dans le couple ;
- la gestion de l’argent ;
- les projets professionnels ;
- le logement ;
- les responsabilités parentales ;
- l’éducation des enfants ;
- les relations avec les belles-familles ;
- la fidélité ;
- la sexualité et le consentement ;
- la gestion des désaccords ;
- les droits et devoirs des époux ;
- les conséquences possibles d’une séparation.
Aujourd’hui, beaucoup d’énergie est consacrée à la préparation de la cérémonie.
Mais la cérémonie ne dure qu’une journée.
La vie conjugale, elle, peut durer plusieurs décennies.
D’où l’intérêt d’une préparation qui ne s’arrête pas au choix des vêtements, au lieu de réception ou à la liste des invités.
QUEL RÔLE POUR LES FAMILLES ?
Les familles occupent une position particulière.
Elles peuvent conseiller, accompagner et aider les jeunes couples à traverser certaines difficultés.
Mais elles doivent également respecter l’autonomie du couple.
L’intervention familiale peut être bénéfique lorsqu’elle permet de calmer une crise.
Elle peut devenir problématique lorsqu’elle transforme le conflit conjugal en conflit entre deux familles.
L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre accompagnement et respect de la vie privée du couple.
QUELLE PLACE POUR LES RESPONSABLES RELIGIEUX ?
Les responsables religieux rencontrés dans le cadre de cette enquête considèrent tous, chacun selon son approche, qu’ils peuvent jouer un rôle avant et après le mariage.
Ce rôle pourrait notamment consister à :
- sensibiliser les jeunes ;
- organiser des séances de préparation au mariage ;
- encourager le dialogue ;
- orienter les couples vers des professionnels lorsque cela est nécessaire ;
- accompagner les parents dans leurs responsabilités ;
- sensibiliser contre les violences conjugales ;
- rappeler que les enfants ne doivent pas être pris en otage dans les conflits parentaux.
L’accompagnement religieux ne devrait toutefois pas remplacer l’intervention de professionnels lorsque la situation exige une prise en charge psychologique, sociale, médicale ou juridique.
UNE QUESTION POSÉE AUX TROIS RESPONSABLES : QUEL CONSEIL POUR LES JEUNES COUPLES ?
Au terme de leurs réflexions, une même question a été posée aux trois responsables :
« Si vous aviez un seul conseil à donner aujourd’hui aux jeunes couples du Couffo pour éviter que leur mariage ne se termine prématurément, quel serait-il ? »
Du côté traditionnel, l’accent est mis sur la connaissance de l’autre, le respect des conseils et la responsabilité.
Du côté chrétien, le dialogue, la patience et la préparation apparaissent comme des éléments essentiels.
Du côté musulman, la responsabilité, le respect et l’accompagnement familial sont particulièrement mis en avant.
Trois univers différents, donc, mais une préoccupation commune : ne pas attendre que le foyer soit au bord de l’effondrement pour chercher de l’aide.
UN COUPLE EN DIFFICULTÉ DOIT-IL TOUJOURS RESTER ENSEMBLE ?
C’est probablement l’une des questions les plus délicates de cette enquête.
Dans certaines situations, un conflit peut être résolu par le dialogue, la médiation ou l’accompagnement.
Dans d’autres, les difficultés peuvent être suffisamment profondes pour conduire à une séparation.
Et lorsqu’il existe des violences, la priorité doit être la protection de la personne exposée au danger.
Prévenir les divorces ne signifie donc pas demander à tous les couples de rester ensemble à tout prix.
Prévenir, c’est aussi savoir intervenir au bon moment, protéger les personnes vulnérables et éviter que les enfants ne deviennent les premières victimes des conflits des adultes.

APPRENDRE À SE MARIER, MAIS SURTOUT À VIVRE ENSEMBLE
Le mariage du XXIᵉ siècle a profondément évolué.
Le choix du conjoint est devenu davantage individuel. Les familles interviennent différemment. Les jeunes ont de nouvelles attentes. Les réseaux sociaux ont transformé les relations. Les réalités économiques ont changé.
Mais une chose demeure : vivre à deux exige des responsabilités.
L’amour peut être le point de départ d’une union. Il ne suffit cependant pas toujours à résoudre les problèmes liés à l’argent, aux différences de caractère, à l’éducation des enfants, à la sexualité, aux familles ou aux projets de vie.
Dans les six communes du Couffo, les témoignages recueillis mettent en lumière une préoccupation : mieux préparer les jeunes à la réalité du mariage et encourager les couples à rechercher de l’aide dès les premiers signes de crise.
Les trois regards traditionnel, chrétien et musulman convergent également sur l’importance de la responsabilité, du respect, du dialogue et de la protection des enfants.
Le mariage ne devrait donc pas être préparé uniquement le jour de la cérémonie.
Il devrait l’être bien avant.
Car si l’on apprend aux futurs époux à organiser une belle cérémonie, il est tout aussi important de leur apprendre à construire une vie commune, à gérer leurs différences, à résoudre leurs désaccords et à protéger leurs enfants.
Et lorsque la séparation devient inévitable, une autre responsabilité commence : se séparer sans transformer les enfants en victimes du conflit des adultes.
Une enquête du Journaliste Adrien AMOUSSOU
Directeur Général de H2A AFRO-MÉDIA / Chef Programme Radio Couffo Fm