Entretien : Lutte contre les maladies de la peau, la dépigmentation et promotion de l’hygiène corporelle : le Dr Nadège ELEGBEDE appelle à une prise de conscience collective
Face à la montée des maladies cutanées et à l’utilisation des produits cosmétiques dépigmentants, Dr Nadège ELEGBEDE multiplie les actions de sensibilisation dans le département du Couffo. Dermatologue -Vénérologue en service au Centre de Dépistage et de Traitement de l’Ulcère de Buruli de Lalo, elle mène une lutte permanente contre les maladies de la peau, la dépigmentation volontaire ainsi que pour la promotion de l’hygiène corporelle en milieu scolaire.
Avec le soutien de l’association APRISS et la générosité des amis proches, connaissances et volontaires, la spécialiste intervient régulièrement dans les établissements scolaires primaires et secondaires du Couffo afin d’éduquer les jeunes sur les bonnes pratiques d’hygiène et les dangers liés aux produits dépigmentants. La plus récente séance de sensibilisation s’est déroulée au CEG 1 Lalo en Novembre 2025.
Dans cet entretien accordé au Journaliste Adrien AMOUSSOU de H2A AFRO-MÉDIA, elle revient sur son engagement et salue les mesures prises contre la commercialisation des produits dépigmentants au Bénin.
– Journaliste : Docteur Nadège ELEGBEDE, vous êtes engagée dans la lutte contre les maladies de la peau, la dépigmentation et pour la promotion de l’hygiène corporelle. Pourquoi ce combat vous tient-il autant à cœur ?
– Dr Nadège ELEGBEDE : Ce combat est avant tout une question de santé publique. En tant que Dermatologue – Vénérologue, je reçois régulièrement des patients (enfants et adultes) souffrant de diverses maladies de la peau, souvent aggravées par le manque d’hygiène corporelle et l’utilisation anarchique de produits dépigmentants.
Certaines personnes développent des infections cutanées sévères, des allergies ou des complications irréversibles à cause de ces produits. Il était donc important pour moi de sortir du cadre hospitalier pour aller sensibiliser directement les populations, surtout les Jeunes.
– Journaliste : Quels sont concrètement les dangers liés aux produits dépigmentants ?
– Dr Nadège ELEGBEDE : Les dangers sont nombreux. Certains produits contiennent de l’hydroquinone, des corticoïdes puissants, du mercure ou d’autres substances toxiques qui fragilisent la peau et détruisent progressivement sa protection naturelle.
Les utilisateurs peuvent présenter une fragilité de peau, un amincissement de la peau, des acnés sévères, des infections cutanées sévères, des allergies chroniques, l’hypertension artérielle, le diabète ou encore de problèmes rénaux. Dans certains cas, ces complications peuvent évoluer vers des maladies beaucoup plus graves comme le cancer de peau.
– Journaliste : Vous menez aussi des campagnes sur l’hygiène corporelle dans les écoles. Pourquoi avoir choisi le milieu scolaire ?
– Dr Nadège ELEGBEDE : Le milieu scolaire est un cadre stratégique pour l’éducation sanitaire car la réussite de toute éducation débute dès l’enfance. Beaucoup de maladies de la peau peuvent être évitées grâce à de bonnes pratiques d’hygiène corporelle. Nous profitons donc de nos descentes dans les écoles pour enseigner aux apprenants les gestes simples qui protègent leur peau et leur santé.
Nous sensibilisons également les adolescents dans les collèges sur les dangers de la dépigmentation volontaire, car ils sont aujourd’hui très exposés à certaines influences sociales et médiatiques. Notre récente activité au CEG 1 Lalo s’est inscrite dans cette dynamique.
– Journaliste : Vous êtes souvent avec l’association APRISS. Quel rôle joue cette organisation dans vos actions ?
– Dr Nadège ELEGBEDE : APRISS, c’est une association qui réunit les hommes et les femmes intéressées par la promotion de santé, dont je suis membre. Elle participe énormément aux activités de sensibilisation communautaire. Grâce à cette association, nous arrivons à toucher davantage de personnes dans plusieurs localités du Couffo et dans d’autres départements.
L’association intervient dans la promotion de la santé communautaire, la recherche et l’innovation scientifique. Son appui nous permet d’organiser des campagnes éducatives et de renforcer les messages de prévention auprès des populations.
– Journaliste : Le Bénin a récemment pris des mesures contre la commercialisation des produits dépigmentants. Quel regard portez-vous sur cette décision ?
– Dr Nadège ELEGBEDE : Je pense que c’est une décision salutaire et courageuse pour la santé publique. Je voudrais d’ailleurs remercier le gouvernement du Président Patrice Talon, le Ministère de la Santé et l’Agence Béninoise du Médicament et des Autres produits de santé (ABMed) pour ces importantes mesures visant à protéger les populations contre les dangers des produits dépigmentants.
L’interdiction de certains produits dépigmentants constitue une avancée majeure dans la lutte contre les maladies de la peau et les complications liées à la dépigmentation volontaire. Cette décision vient renforcer le travail de sensibilisation que nous menons déjà sur le terrain avec APRISS dans les écoles et les communautés.
Mais au-delà des textes, il faut continuer l’éducation et la sensibilisation afin que chacun comprenne que préserver sa peau, c’est préserver sa santé.
– Journaliste : Quel message souhaitez-vous adresser particulièrement aux jeunes et aux femmes ?
– Dr Nadège ELEGBEDE : Je voudrais leur dire que la beauté ne dépend pas de la couleur de la peau. Chacun doit apprendre à accepter et à valoriser sa peau naturelle en utilisant de bons cosmétiques.
J’invite également tout le monde à adopter une bonne hygiène corporelle et à éviter les produits cosmétiques non contrôlés. Protéger sa peau, c’est protéger sa santé. Notre peau est notre meilleure richesse.
– Journaliste : Un dernier mot ?
– Dr Nadège ELEGBEDE : Je remercie les établissements scolaires qui nous accueillent chaque fois au cours de nos activités sur le terrain, APRISS, le collège médical, la hiérarchie administrative, les volontaires ainsi que les médias comme H2A AFRO-MÉDIA qui accompagnent cette lutte de sensibilisation. Ensemble, nous pouvons promouvoir une meilleure hygiène corporelle, réduire les maladies de la peau et protéger les populations contre les dangers de la dépigmentation.
– Journaliste : Merci beaucoup pour le temps accordé et à la prochaine
– Dr Nadège ELEGBEDE: c’est moi.
À travers ses campagnes de sensibilisation dans les écoles et les communautés du Couffo, le Dr Nadège ELEGBEDE entend poursuivre son combat pour une meilleure santé dermatologique et la promotion de l’hygiène corporelle. Soutenue par l’association APRISS et relayée par des médias comme H2A AFRO-MÉDIA, cette lutte contre les maladies de la peau et la dépigmentation se veut avant tout un appel à la responsabilité collective. Car protéger sa peau, selon la spécialiste, c’est aussi préserver sa santé, sa dignité et son identité naturelle.
